Le vent des vacances

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On a pris la route, mon motard et moi, pour ces quatre jours de « mini-vacances » comme j’aime à les appeler. Un sac à dos minimaliste mais quand même bien rempli dans le top-case, on a enfourché la moto et c’était parti. Sortir de la ville et voir la transformation opérer, guetter le moment où on est « vraiment » à la campagne. Voir l’horizon, sans buter sur un building, un mur, la ville sans fin. C’est là que je respire à nouveau, que je ressens cette sensation de liberté un peu oubliée, comme mise en sommeil. Je gonfle mes poumons et j’ouvre grand mes yeux sur les mosaïques vertes et jaunes de champs au loin, les collines et les prairies d’herbes sauvages.

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Prendre les petites routes, sinueuses, arborées, faire remarquer les vaches chaque fois qu’on en croise, en croiser beaucoup mais ne pas se lasser. Passer par les petits villages, faire des pauses pour visiter les vieilles églises, monter en haut des collines, répéter que c’est beau quand même, ces vieilles pierres et cette petite place. Chercher un bon restaurant, repérer la meilleure terrasse au soleil, râler sur les nuages. Fermer les yeux, sentir sa peau bruler un peu, manger frais, lui piquer des frites, prendre la carte des desserts « pour regarder » et toujours craquer. Faire des pauses au soleil, enlever son pull, réchauffer sa peau. Rouler encore un peu et être épuisés, à la fin de la journée. Se motiver quand même à sortir, allez quoi, juste un verre et puis au lit. Galérer à trouver un restaurant ouvert, 14 juillet désert dans cette petite ville sans trop de charme. Trouver une brasserie, boire une bière et grignoter en racontant des bêtises. Tomber comme des pierres, jeter un dernier coup d’œil à son téléphone, et voir l’horreur.

Je n’ai pas de mot pour exprimer ma tristesse. Je hais ce sentiment déjà trop connu, ces gestes qui deviennent des habitudes. Zapper sur les réseaux sociaux et les infos, contacter ses proches, s’assurer que tout le monde va bien… On s’est endormis difficilement, on s’est réveillés avec la gueule de bois. Et on a repris la route, comme il faut bien reprendre le cours de nos vies…

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Ouvrir la visière, respirer. Faire une pause, marcher un peu, prendre un thé au soleil, rouler un peu, s’arrêter un instant au bord d’une rivière, rouler encore et faire une dernière pause en terrasse. Pas de dessert. Les infos en filigrane, tristesse et incompréhension. Se changer les idées, envoyer un dernier texto « on est là dans 1h », prendre un coup de soleil et reprendre la route. Avoir hâte d’arriver, se perdre encore un peu, reconnaître la route, et enfin voir le portail bleu.

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Sourire, s’embrasser et raconter la route, le soleil et la vie, depuis les quelques mois qui nous ont séparés. Retrouver ses repères, se laisser happer doucement par les souvenirs de tous ces étés passés ici. Boire des coups en terrasse, faire le tour du golfe à pied, respirer l’air marin, observer les bateaux, commenter la marée, lire au soleil, marcher pieds nus, discuter, raconter, se donner les dernières nouvelles, boire des bières et du coca, manger trop, grignoter du far aux pruneaux, se lever tard, traîner, ne rien prévoir. Tout oublier, travail et train-train, faire une vraie pause et m’apercevoir que ça faisait vraiment trop longtemps que je n’avais plus fait ça.

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Un soir, aller à la fête du village, manger une crêpe et regretter un peu après avoir vu la crêpière éternuer sans retenue sur le tas de crêpes, commenter la queue qui ne diminue jamais, rire et médire sur le groupe de musique déprimé-déprimant, boire des bières à l’eau, un peu trop, rire et médire encore un peu, puis rentrer et dormir, il faudra bientôt partir. Dernier matin, aller à la plage, tremper ses pieds dans l’océan, sentir les petits cailloux qui font mal sous les pieds, observer la grosse méduse échouée, parler du futur, des prochaines vacances, partager un dernier repas et prévoir la route, avant de la prendre.

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S’embrasser et sourire à nouveau, à bientôt, à très vite, on vous appelle quand on arrive. Rouler presque sans s’arrêter, cuire un peu, sous le soleil tapant, esquiver les bouchons, passer entre les voitures, observer la ville qui se rapproche, rentrer à la maison. Poser son sac, prendre une douche, répéter encore que la moto ça fait vraiment trop mal aux fesses et que les blousons ça tient vraiment trop chaud. Et n’avoir qu’une envie, recommencer.

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